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Propositions pour un lycée rasséréné et un bac régénéré

  • Photo du rédacteur: Régis Wunenburger
    Régis Wunenburger
  • 12 août 2024
  • 7 min de lecture

Ce billet s’appuie sur l’analyse précédemment publiée de la réforme Blanquer du bac et en constitue la suite. J’y formule quelques propositions visant à corriger les principaux défauts de cette réforme mise en place en 2019 et à rendre au bac son sens et son utilité.

 

Un retour pragmatique aux séries

Un des traits saillants de cette réforme a été la disparition des « séries », parcours pluri-annuels à la spécialisation progressive, au contenu assez distinct et à l’orientation lisible (en ce qui concerne le bac général : scientifique, littéraire, économique et social) et leur remplacement par des parcours majoritairement « à la carte » dans le principe. Mon analyse de la réforme a montré comment la disparition des séries avait complexifié l’organisation des études par les établissements scolaires, déstabilisé les enseignants, désorienté les lycéens et désorganisé leur accès à l’Enseignement Supérieur.

Pour remédier aux multiples défauts des parcours « à la carte », il me semble pragmatiquement raisonnable de les abandonner et de remettre en place des parcours-type (séries) de Première et Terminale en fonction de l’orientation post-bac qu’ils envisagent. Ces parcours-types en nombre restreint ont en effet plusieurs vertus :  

-       Ils facilitent l’orientation des lycéens au sein du lycée, simplifient l’organisation des études par les établissements scolaires et sécurisent les services des enseignants.

-       Ils évitent des choix de spécialités malheureux aux conséquences lourdes pour l’orientation des lycéens.

-       Ils conduisent à des populations de bacheliers aux acquis plus homogènes, ce qui ne peut que contribuer à faciliter leur intégration dans les formations supérieures. Bien que l’échec important des néo-bacheliers en première année d’université (L1) ne date pas de la mise en place de la réforme, donc ne sera pas résolu par le seul rétablissement des parcours-type, la dégradation du taux de réussite en L1 entre 2019 et 2022 [1] démontre que la réforme Blanquer du bac n’a pas amélioré la réussite des étudiants dans le supérieur, contrairement à ce qui était escompté par les réformateurs.

En maintenant un équilibre entre matières (en particulier en ne faisant pas d’impasse sur les maths) et en évitant une spécialisation excessive, on permet la ré-orientation en cours de scolarité ou au passage dans le Supérieur.

 

Résoudre le conflit de rôles du bac

Le bac souffre chroniquement de son double rôle : il demeure un diplôme de fin d’études secondaires mais il est aussi le premier grade de l’enseignement supérieur. Parce que le bac conclut des études au sein d’un système d’enseignement secondaire qui a renoncé idéologiquement et démagogiquement à toute ambition, son niveau d’exigence, qui s’incarne dans ses épreuves et leur notation, est tellement bas que son obtention est quasi-systématique (son taux de réussite oscille actuellement autour de 95% [2]) et n’atteste pas de l’acquisition d’un niveau académique clair et suffisant pour le Supérieur. En effet, les épreuves du bac ne sont pas assez exigeantes et leurs notes ne sont pas assez différentiantes pour être utilisées par les formations du Supérieur pour évaluer et comparer finement les dossiers des bacheliers candidats. A titre d’exemple concret, les notes les plus attribuées en 2022 aux épreuves terminales de Maths et de Numérique et Sciences Informatiques sont comprises entre 19 et 20 sur 20 [3].

Compte tenu de cet état de fait, on pourrait renoncer à la fonction de diplôme de fin d’études secondaires du bac en clôturant celles-ci par un simple exeat — option à coût politique et financier nul —, et remodeler le bac pour l’adapter à sa seule fonction de porte pour l’enseignement supérieur en le constituant d’épreuves terminales :

-       nationales, c’est-à-dire communes à tous les bacheliers (situation avant la réforme) et par conséquent adaptées à la dimension nationale du recrutement des bacheliers par les formations du Supérieur via ParcourSup,

-       exigeantes et différentiantes (anciennement : discriminantes) pour permettre d’évaluer les acquis des bacheliers et de comparer finement leurs dossiers de candidature pour le Supérieur,

-       réalisées à temps pour permettre aux formations du Supérieur de les utiliser pour sélectionner leurs futurs étudiants.

 

Des épreuves nationales adaptées à la dimension nationale du recrutement par le Supérieur

L’intérêt d’épreuves nationales est que leurs résultats permettraient de sélectionner et de classer instantanément l’ensemble des candidats à une formation supérieure sans avoir à tenir compte des établissements d’origine au moyen de péréquations très délicates et chronophages. A cette fin, à partir des résultats aux épreuves nationales du bac, chaque formation supérieure construirait son propre indicateur numérique de sélection et de classement de ses candidats, qui serait calculé à partir des notes aux épreuves du bac qu’ils considéreraient comme pertinentes pour leur formation et affectées des poids adéquats. Le bac jouerait ainsi le rôle de banque d’épreuves, comme de nombreux concours communs de niveau bac+2. La phase d’étude, de sélection et de classement des candidatures par les formations supérieures serait alors infiniment plus rapide et fiable que dans la situation actuelle où cette phase est chronophage, insatisfaisante et stressante pour les acteurs des formations supérieures.

Rien n’empêcherait ces formations d’affiner leur classement en étudiant qualitativement certains dossiers, en ajoutant des épreuves spécifiques ou des entretiens individuels, etc.

 

Des épreuves exigeantes et différentiantes

L’intérêt d’épreuves exigeantes et différentiantes est qu’elles permettraient évaluer finement les acquis des bacheliers sur toute l’étendue de niveau des lycéens de Terminale à l’échelle nationale, au contraire de la situation actuelle. Notons que le bac en tant que diplôme de fin d’études secondaires pourrait être maintenu en le conditionnant à l’atteinte d’une moyenne-seuil éventuellement inférieure à 10 sur 20.

 

Un bac clôturé à temps pour être exploitable par les formations du Supérieur

La compatibilité entre le calendrier des évaluations nationales et celui des candidatures dans le Supérieur est la clé de cette proposition et constitue la condition la plus difficile à satisfaire, les difficultés résidant dans la masse d’étudiants à évaluer ainsi que dans le nombre et la diversité des épreuves.

Plusieurs moyens d’accélérer l’évaluation terminale des lycéens sont envisageables, même s’ils peuvent apparaître comme déroutants car non usuels dans l’enseignement secondaire :

  • Les épreuves de dissertation ou d’analyse de texte basées sur les qualités d’argumentation et de rédaction (littérature, philosophie, histoire, langues, etc) seraient maintenues à l’identique et leur calendrier d’épreuves terminales serait éventuellement légèrement avancé pour permettre leur correction à temps par les enseignants. L’enseignement de philosophie pourrait parfaitement être entamé en Première pour ne pas réduire la durée de son apprentissage (certains enseignants de philosophie préconisent même une initiation avant la puberté, pour profiter de la clarté de l’âge de raison).

  • Les compétences grammaticales et linguistiques en français, qui font l’objet de nombreux efforts d’évaluation et de remédiation dans le Supérieur au nom de la lutte contre l’illettrisme (!), pourraient être évaluées à l’occasion du bac (voire avant, évidemment) par des Questions à Choix Multiples (QCM) ou des outils numériques d’analyse grammaticale, orthographique et syntaxiques déjà parfaitement au point. L’écriture manuscrite pourrait être conservée car sa reconnaissance numérique est aussi parfaitement au point actuellement. Les logiciels de reconnaissance d’écriture manuscrite peuvent même s’adapter à une écriture particulière grâce à une phase d’apprentissage extrêmement rapide. L’intérêt de l’usage de ces outils serait l’instantanéité de ces évaluations. De même, les compétences grammaticales et linguistiques en langues étrangères antiques ou contemporaines, pourraient bénéficier des mêmes outils numériques.

  • Les sciences pourraient être évaluées de plusieurs manières différentes. Il faut savoir que, par commodité, les sciences sont déjà partiellement évaluées à l’aide de QCM çà ou là, dans le Supérieur, en France et à l’étranger (par exemple certaines épreuves de la Maturité suisse, l’équivalent de notre bac). Bien qu’une QCM isolée soit inadaptée à l’évaluation fine de compétences combinées, on pourrait parfaitement travailler à la conception de séquences de QCM au cours desquelles le contenu et la difficulté de la question N+1 posée au candidat dépendrait de la réponse à la question N, afin d’identifier progressivement et par recoupements les compétences acquises et celles qui ne le sont pas. L’intérêt principal de l’usage de QCM serait l’instantanéité de ces évaluations. Des épreuves dédiées spécifiquement à l’évaluation de compétences multiples, combinées ou complexes seraient maintenues.

  • En maths, l’évaluation du calcul algébrique pourraient bénéficier à la fois des logiciels de reconnaissance d’écriture manuscrite et de logiciels de calcul symbolique capables d’analyser et de transformer des expressions mathématiques qui existent déjà.

  • La programmation informatique pourrait être évaluée à l’aide de logiciels d’analyse de la structure des codes déjà au point.

 

Des conséquences collatérales intéressantes

Bien que l’usage d’outils numériques d’évaluation implique une complexification des épreuves et conduise probablement à une diminution de la finesse de l’évaluation, il accélérerait considérablement la correction des épreuves terminales concernées et laisserait les enseignants plus disponibles pour enseigner aux autres classes, réduisant ainsi les perturbations induites par le bac.

De plus, l’usage d’outils numériques d’évaluation permettrait d’organiser rapidement et simplement une seconde session qualifiante d’épreuves pour des bacheliers absents à la première session pour problème de santé ponctuel ou souhaitant améliorer leur dossier académique.

Enfin, en combinant l’usage d’outils numériques pour corriger certaines épreuves du bac et le caractère national de ces épreuves, on accélérerait tellement les deux phases successives d’évaluation des lycéens et d’analyse de leurs candidatures pour le Supérieur que l’on pourrait espérer une période d’apprentissage relativement longue au printemps pour les Terminales.

 

En conclusion, le but de ces propositions — rétablissement des séries, bac exigeant, national et synchronisé avec ParcourSup — est de rasséréner le lycée, de rendre au bac un sens, celui d’évaluer les acquis des lycéens, et de lui conférer une utilité concrète, aider à la répartition des bacheliers dans le Supérieur.

Cette utilité retrouvée permettrait de justifier son coût, qui était un des points d’attention de la réforme Blanquer. De plus, un bac jouant le rôle de banques d’épreuves nationales différentiantes conduirait à la disparition des multiples concours d’entrée à des formations supérieures qui ont fleuri ces dernières années, donc à une clarification et à une simplification de l’orientation post-bac, c’est-à-dire in fine à des économies et à un bénéfice pour la nation.

L’usage du numérique pour certaines évaluations terminales que je propose pour accélérer le déroulement du bac requiert un travail pédagogique sur les formes de ces épreuves et un investissement technique et financier pour combiner des outils numériques déjà existants et les déployer à l’échelle nationale de manière fiable. Cela me semble non pas constituer une difficulté technique mais relever plutôt d’un choix politique puisque cela implique d’y consacrer de nouveaux moyens (temps de travail pédagogique, ingénierie informatique).

 

[1] Parcours et réussite en licence : les résultats de la session 2022. https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/parcours-et-reussite-en-licence-les-resultats-de-la-session-2022-93570. Consulté le 12 août 2024.

[3] Parcoursup : l’enseignement supérieur sans boussole face aux notes de spécialité au bac : https://www.lemonde.fr/campus/article/2023/05/31/parcoursup-l-enseignement-superieur-sans-boussole-face-aux-notes-de-specialite-au-bac_6175598_4401467.html. Consulté le 12 août 2024.

 
 

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